Voyage en pays nomade : la Mongolie

Pourquoi ce voyage ?

La Mongolie fait souvent rêver. Le voyageur imagine des plaines vertes, à perte de vue, parsemées de yourtes habitées par des visages ronds et colorés par le soleil et le vent. Il pense à des immensités désertes et à la vie du berger nomade, intacte depuis des milliers d’années. Il songe à une parenthèse dans l’espace et le temps, à un séjour reposant, parmi un peuple authentique et en paix.

Ce voyage nous en avions rêvé un an auparavant, après avoir été émerveillés par un reportage photo de deux Français partis à l’aventure dans la steppe d’Asie centrale. Il nous a tenu en haleine plusieurs mois, au fil de nos lectures et de nos découvertes cinématographiques (L’appel de la steppe, Sous le ciel bleu de l’Altaï, Guide de la Mongolie Peuples du monde, L’échappée belle, Le mariage de Tuya, Le chien jaune de Mongolie, L’histoire du chameau qui pleure).

Nous voulions partir avec une idée en tête : découvrir et partager la vie des nomades, pénétrer leur monde, explorer leurs coutumes et leur façon de vivre et d’être avec la nature.

Le choix de l’itinéraire

Quand on commence à réfléchir aux lieux, à ouvrir une carte de la Mongolie pour décider par où commencer et s’arrêter, le choix s’avère compliqué.

En effet, la Mongolie est immense en termes de distance/temps à parcourir. Là-bas les moyens de transport sont rares et peu rapides. Or, quand on pense aux sommets, lacs et glaciers à l’Ouest ; aux déserts de sable et de pierre au Sud ; à la steppe foulée par les gazelles à l’Est ; au massif central verdoyant et à l’immense lac sibérien au Nord, l’envie de tout explorer nous gagne, et nous frustre forcément comme dans tout voyage… car même en cinq semaines, l’entreprise est impossible ; enfin, du moins, inconciliable avec notre désir initial. Nous voulions prendre notre temps pour partir à la rencontre d’un peuple, plus que d’un pays et de ses paysages. Alors le choix a finalement été simple.

Comment voyager ?

Le projet Ger to Ger (ger=yourte), nous en avions entendu parler dans des guides et par des amis de retour de voyage. Association locale visant à promouvoir le tourisme équitable en Mongolie, elle propose aux touristes divers treks et séjours chez l’habitant, selon des thématiques différentes, avec toujours pour objectif de faire découvrir les mœurs des nomades mongols. Le principe est très simple :  vous voyagez de yourte en yourte, de famille en famille, et êtes pris en charge par les familles qui vous amènent à la communauté suivante, à cheval ou à pied. L’argent que vous donnez à l’association va directement aux nomades afin de les aider à continuer à vivre ainsi.

Notre périple

Arrivés à Ulan Bator, nous passons deux jours à nous imprégner de l’atmosphère moderne et urbaine de ce pays nomade. Ville agitée et agressive – malgré les quelques beaux moments passés aux palais et monastère bouddhiste, à l’opéra folklorique et au si controversé marché noir – UB ne nous séduit pas et nous avons hâte de partir.

Nous prenons alors la route pour notre premier trek Ger to Ger dans la bande désertique située entre UB et l’Arkhangaï. Dans le bus, nous faisons connaissance avec la population mongole et rions de l’attitude des enfants envers nous, très curieux et excités. Notre arrivée sous la pluie nous offre la surprise des chameaux mouillés et nous permet de passer tout l’après-midi à jouer avec nos hôtes à l’intérieur de la yourte. Notre premier contact avec les bergers mongols est simple et chaleureux, et ce d’autant plus avec la barrière de la langue : plongés dans nos lexiques respectifs, nous partageons de bons fous rires liés à nos difficultés de communication !

Ce premier trek, nous le partageons avec un jeune couple d’Américains, avec qui nous passons de bons moments à échanger sur nos expériences et ressentis culturels et politiques..

Ce seront quatre jours parmi trois communautés différentes, à nous imprégner de leur manière de vivre, de leur nourriture (du lait de cheval fermenté entre autres!), de leurs activités quotidiennes et des paysages doux et arides qui les entourent.

Le deuxième séjour commence un peu plus loin, à une heure de route de Tsetserleg, dans la région verte de l’Arkhangaï. Il nous amène d’abord chez Bagy et Hegy, avec qui nous partageons sûrement la plus belle journée du voyage. Puis, accompagnés désormais de Chris, Debbie et Daniel – nos trois acolytes amér-australiens – nous nous en allons à travers les montagnes du massif central pour un périple équestre et pédestre de neuf jours. Nous partons chaque jour à la découverte des prochains enfants si vifs et débrouillards, qui nous solliciteront pour jouer avec eux et n’hésiteront pas à nous aider à monter les tentes. A la rencontre d’un père et d’une mère, et souvent de leurs enfants plus âgés, de leurs aînés et de leurs frères et sœurs. De leur curiosité ou de leur réserve, de leur gentillesse et de leur humour. C’est aussi les troupeaux de yaks, chèvres, moutons, et les chevaux – et leur caractère bien marqué ! – compagnons de nos chevauchées journalières. C’est enfin, quelques petites frayeurs parfois, de bonnes grosses fatigues, et de bons moments de contemplation, de détente et de bonheur.

La fin du trek ne nous amène pas très loin du Lac Blanc. C’est à ce moment que nous prenons notre envol pour démarrer notre périple en solitaires. Nous faisons alors notre tout premier auto-stop pour nous retrouver à Tariat. Nous passons trois jours au lac avant de vouloir rejoindre le Khovsgol au Nord.

L’aventure commence alors à se compliquer ! Car il est difficile de trouver depuis Tariat un véhicule pour nous approcher du grand lac bleu. Après une demi-journée passée sur le bord de la route, nous trouvons finalement un groupe de quatre camionneurs guillerets, très amusés de nous prendre avec eux pour un bout de chemin. La ville de destination n’est finalement pas celle escomptée (plusieurs villes ont le même nom en Mongolie !) et le voyage est plus long que prévu. Cependant, nous nous régalons de ces deux demi-journées passées en leur drôle de compagnie et rions beaucoup de situations désopilantes et cocasses !

Arrivés à Tosontsengel, nous trouvons presque aussitôt un équipage pour rejoindre Moron. Malheureusement, la désillusion est vite au rendez-vous – comme souvent en Mongolie lorsqu’il s’agit de  voyager… nous n’en ferons que trop de fois l’expérience ! – et nous réalisons trop tard que nous sommes tombés sur une famille de fous ! Pas du tout pressés de partir, ils s’enfilent des litres et des litres de vodka, chantent à tue tête et posent pour des séances photos interminables, pendant que nous attendons sept heures durant, tantôt à l’arrière du véhicule, tantôt chez de nouveaux amis à qui il faut encore dire au revoir, un départ sans cesse reculé… Prise de tête et ‘lost in translation’, nous parvenons enfin à nous extirper de leurs filets, exténués ! Heureusement, les dérapages et les mauvaises fortunes ont souvent un revers positif… L’imprévu pouvant parfois amener à faire des expériences insolites et exceptionnelles !

La nôtre est la rencontre d’une famille mongole inoubliable, possédant le coeur sur la main et le sourire dans l’âme ! C’est avec eux que nous passerons les deux journées et demi suivantes, accueillis comme des membres de la famille… auxquels on peut rendre n’importe quel service, comme celui de faire l’aller-retour jusqu’à Moron rien que pour nous par exemple ! soit 540 km sur une piste chaotique et près de 16 heures de route !

Arrivés à la capitale de l’aimag du Khovsgol, nous quittons presqu’à regret nos amis pour rejoindre enfin le grand lac, toujours en stop. Nous y arrivons quelques heures plus tard et goûtons au plaisir de la liberté et de la nature retrouvés. Sac au dos, nous partons – d’abord accompagnés d’un couple de Tchèques, puis tous les deux – à l’assaut de l’immensité du lac, heureusement désertés par les touristes à cette période. Nous nous emplissons alors de l’air frais venant de la Sibérie et de la végétation généreuse entourant cette étendue d’eau bleue profonde et transparente. Les paysages et la lumière nous offrent des spectacles aussi variés qu’étonnants : de la plage de galets à la montagne à pics saillants, en passant par la forêt de pins et de champignons le long de côtes escarpées.

Le retour à la ville se fait avec la rentrée des classes et nous donne l’occasion de découvrir un aperçu de la vie des Mongols après les grandes vacances. L’école entonne alors une musique joyeuse pour appeler les enfants à reprendre le chemin des classes. Tous se sont mis sur leur 31, en costume d’écolier selon leur niveau d’étude. C’est la fin de l’été.

Pour nous aussi. Le retour vers la France appelant le retour à une toute autre réalité.

Cette réalité – celle de la vie speed et stressante de l’homme moderne – nous la palpons dès notre retour en avion. La galère et la pouasse de nos deux vols (intérieur et international) annulés coup sur coup nous offriront quelques grands moments de stress, de fous rires nerveux, de cacophonie anglo-mongole, de prise de tête, de solidarité inter-touristes (pas vrai Aurélie, Yan, Inbal et Dan? ;-p),  de course poursuite en plein tarmac d’aéroport (digne de Benny Hill !), de voyage secoué et poussiéreux… Mais aussi le sursis d’une journée supplémentaire à Ulan Bator – hors visa attention ! – nous permettant de nous relaxer avec le chant et la prière des moines bouddhistes.

Ce que nous en avons retenu

De ce voyage nous retiendrons plusieurs choses : d’abord l’accueil qui nous a été fait dans toutes les familles que nous avons rencontrées, aussi bien à la ville qu’à la campagne. Puis l’immensité et la liberté que procurent les étendues et les paysages déserts et sans fin. Egalement la lumière, si exceptionnelle en Mongolie qu’elle donne chaque fois une dimension nouvelle aux éléments et à la nature. La culture enfin, celle de la simplicité et de la joie qui confère aux Mongols un côté si sage et attachant. Et l’harmonie qui ressort de ce mode de vie adapté à une nature si belle mais si rude.

Retrouvez toutes les photos du voyage ici

7 Comments

  1. steph

    Tiptop le récit Emilie et évidemment chouettes photos Jul..
    Même en ayant vu les photos avec vous avec vos commentaires en direct; tu as la manière de raconter ma belle.. quand est-ce que vous faîtes un bouquin de globe trotter? Parce que mine de rien, vous en avez vu des coins de la planète… ;-)

  2. Hello !

    Je viens d’y jeter un oeil trop rapide! Mais c’est génial ce blog carnet de voyages!

    Ca fait rêver !

    ++

  3. Edson

    Hello,

    Je te dis, arrête avec cette histoire de marketing… Va faire de la photo!!!

    A+

  4. Emilie LH

    Superbe!
    Photos et récits bien assortis, bien agencés, qui donnent envie de suivre vos traces et d’aller découvrir ce beau pays.
    Bravo.

  5. Emma B

    Really beautiful photos – as I’ve said before – you have a really good eye for photography and I’m jealous :-)
    Brilliant blog too. Sounds like a very inspirational trip.
    Thanks for sharing with me.

  6. Claire LAVOISIER

    un petit regard trop rapide sur les photos et une lecture trop sommaire de l’aventure me permettent quand même de te dire que ça m’a permis de rêver quelques instants.
    superbement bravo
    A bientôt

  7. Denise

    Voilà de quoi s’affranchir de la cocotte minute parisienne. Quelle respiration ! Pas de risque se toucher en étendant les bras…Les panoramiques démultiplient l’immensité désertique et l’on s’y glisse à l’infini, une jouissance de l’oeil. En voyant la selle brodée menue j’ai compris pourquoi, ce week-end, Emilie s’appliquait avec minutie à dessiner au feutre des petits motifs sur son étui à…? Voici maintenant des fragments de Mongolie immortalisés.

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